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Pouvoir d’achat : pourquoi la baisse de l’inflation ne suffit pas

Par Lesinfos -le

Pouvoir d’achat : pourquoi la baisse de l’inflation ne suffit pas
Les prix ralentissent au Maroc, mais le soulagement reste partiel pour les ménages. Derrière la désinflation observée ces derniers mois, le niveau encore élevé de nombreuses dépenses contraintes continue de peser sur le pouvoir d’achat.

La rentrée économique s’ouvre sur un paradoxe. Les indicateurs officiels témoignent d’un net ralentissement des prix, mais cette détente ne se traduit pas encore par une amélioration aussi visible dans le budget quotidien des ménages. En juillet 2026, l’indice des prix à la consommation a reculé de 1% sur un mois et de 0,6% sur un an, selon le Haut-Commissariat au Plan. Les prix alimentaires ont baissé de 3,7%, tandis que les produits non alimentaires continuaient de progresser de 1,9%.

 

Sur le papier, la tendance est favorable. Dans les faits, elle ne signifie pas que les prix sont revenus à leurs niveaux d’avant les épisodes inflationnistes successifs. La désinflation traduit avant tout un ralentissement de la hausse, voire un recul ponctuel sur certains postes. Elle n’efface pas les augmentations accumulées au cours des années précédentes, notamment sur l’alimentation, le logement, les transports ou encore certaines dépenses liées à la scolarité.

 

Des baisses visibles, mais inégalement ressenties

 

Le détail de l’évolution des prix illustre cette situation contrastée. En juillet, les légumes ont reculé de 7,6% sur un mois, les poissons et fruits de mer de 3,9%, les fruits de 3,7% et les viandes de 1,2%. Les carburants ont également baissé de 4,9%. Dans le même temps, les dépenses de transport affichaient encore une progression de 4,1% sur un an.

 

Cette divergence explique en partie l’écart entre les statistiques globales et le ressenti des ménages. Une baisse temporaire de certains produits frais peut alléger ponctuellement le panier, mais elle ne compense pas nécessairement la hausse ou la rigidité d’autres dépenses incompressibles. Un loyer, une facture de transport ou des frais de santé élevés continuent ainsi de peser, même lorsque l’inflation globale ralentit.

 

La comparaison avec les mois précédents confirme cette accalmie. En juin, l’inflation s’établissait à 0,4%, prolongeant une tendance de désinflation observée au premier semestre. Mais la question centrale reste celle du niveau absolu des prix. Après plusieurs années de hausse, une stabilisation ne signifie pas un retour automatique du pouvoir d’achat perdu.

 

L’agriculture apporte un peu d’oxygène

 

La campagne agricole 2025-2026 constitue toutefois un facteur de soutien. Selon la Note de conjoncture de la Direction des études et des prévisions financières, la production céréalière devrait atteindre 90 millions de quintaux, tandis que la valeur ajoutée agricole aurait progressé de 18,4% au premier trimestre.

 

Cette amélioration peut soutenir à la fois les revenus ruraux et l’offre alimentaire, deux éléments susceptibles de contenir certaines pressions sur les prix. Mais la question ne se limite pas à la production. Stockage, transport, circuits de commercialisation, poids des intermédiaires, concurrence et accès des petits producteurs aux marchés continuent de jouer un rôle dans la formation des prix payés par le consommateur.

 

Autrement dit, une bonne campagne agricole ne suffit pas, à elle seule, à garantir un recul durable du coût de l’alimentation. La manière dont les produits circulent jusqu’au consommateur demeure tout aussi déterminante.

 

L’accalmie des prix donne de l’air à la politique monétaire

 

Cette désinflation offre également davantage de marge sur le plan macroéconomique. Dans ses projections pour 2026, le Fonds monétaire international table sur une inflation moyenne de 1,6% et une inflation de fin de période de 2,1%, après une moyenne de 0,8% en 2025.

 

Le FMI prévoit parallèlement une croissance réelle de 4,4% en 2026, soutenue notamment par l’agriculture et l’investissement dans les infrastructures. Des perspectives qui dessinent une économie plus résiliente, mais encore exposée à des chocs extérieurs.

 

Le principal risque reste celui d’une remontée des prix de l’énergie. Le Maroc demeure fortement dépendant des marchés internationaux pour une partie de ses besoins, ce qui le rend vulnérable à une hausse des cours du pétrole, aux tensions géopolitiques ou aux perturbations des chaînes logistiques. Une nouvelle poussée des prix importés pourrait rapidement réduire les bénéfices de la désinflation actuelle.

 

Le pouvoir d’achat se joue aussi sur le marché du travail

 

L’évolution des prix ne peut être dissociée de celle des revenus. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage s’est établi à 9,5%, contre 10,8% au trimestre précédent, tandis que l’économie aurait créé près de 279.000 emplois.

 

L’amélioration est réelle, mais elle ne règle pas toutes les fragilités du marché du travail. Le chômage reste élevé chez les jeunes, les écarts entre territoires demeurent importants et la qualité des emplois créés reste déterminante. Un poste précaire, faiblement rémunéré ou éloigné du domicile n’a pas le même impact sur le niveau de vie qu’un emploi stable offrant une progression durable du revenu.

 

C’est là que se joue une grande partie du défi. La maîtrise de l’inflation protège le pouvoir d’achat, mais seule une progression régulière des revenus permet de le renforcer durablement.

 

Le crédit ne peut remplacer les salaires

 

La demande intérieure bénéficie également du soutien des transferts des Marocains résidant à l’étranger, en hausse de 8,8% à fin mai 2026, tandis que les crédits à la consommation ont progressé de 4,2%.

 

Ces deux tendances soutiennent les dépenses des ménages, mais elles n’ont pas le même effet à long terme. Les transferts constituent un apport direct de revenus pour de nombreuses familles, alors que le crédit permet surtout de décaler dans le temps la contrainte budgétaire.

 

Une consommation alimentée par l’endettement peut maintenir temporairement le niveau des dépenses, mais elle ne remplace pas une hausse des salaires ni une amélioration durable des revenus.

 

Du soutien ponctuel à une amélioration durable

 

Les pouvoirs publics disposent de plusieurs leviers pour amortir la pression sur les ménages : aide sociale directe, couverture médicale, soutien au logement, investissements publics ou encore revalorisation de certains revenus. Selon les données citées par le FMI, le budget 2026 consacre 10,9% du PIB à l’aide sociale directe, à la santé, à l’éducation et au soutien au logement, soit 0,8 point de plus qu’en 2025.

 

L’enjeu dépasse cependant le volume des dépenses. Leur ciblage, leur accessibilité et leur capacité à réduire les écarts entre territoires détermineront leur efficacité réelle sur le niveau de vie.

À plus long terme, le pouvoir d’achat se joue aussi dans la qualité des services publics, la productivité, la formalisation de l’emploi et l’élargissement de la base salariale. Une meilleure offre de transport collectif, de santé ou d’éducation réduit directement les dépenses contraintes des ménages et agit donc, elle aussi, comme une politique de soutien au pouvoir d’achat.

 

La question de cette rentrée n’est donc plus seulement de savoir si l’inflation ralentit. Elle consiste à mesurer si cette accalmie, combinée à la croissance et aux investissements, finit par améliorer concrètement le quotidien. La stabilité des indicateurs constitue un premier pas. Pour les ménages, le véritable test reste celui du panier, des revenus et des dépenses de chaque mois.


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